La maison du cirque - La scénographie du cirque

Paroles de Cirque 004 / Rencontre professionnelle

Retour

La scénographie du cirque

Namur en Mai - Samedi 23 mai 2009

Le cirque imaginé

Coquelicots géants et pelouses sur le pavé urbain.
Serions-nous passés de l'autre côté du miroir ?

Comment le cirque se montre-t-il hors les murs ? Que raconte-t-il sur la scène ? Comment s'approprie-t-il l'espace ? Doit-on remplacer la parade par des spots télévisés ? Questions sur la scénographie du cirque actuel.

Dehors

Qu'un chapiteau s'installe en ville et la magie du spectacle envahit la place publique. Les roulottes, les camions racontent un mode de vie communautaire, une autre économie d'existence, qui fait rêver le public, et les artistes.

Mais dans le « nouveau cirque » intra-muros, dépossédé d'une image orchestrée par les lieux d'accueil, on s'étonne : l'image du cirque a, pour nous, radicalement changé, ses codes traditionnels continuent pourtant d'être utilisés par les lieux d'accueil pour attirer le public. Il est difficile de se dégager, d'annoncer un projet différent. De même, certains théâtres classiques signalent leur présence par des roulottes.

Au-delà de la signalétique traditionnelle, un courant artistique et politique questionne aujourd'hui la place de la (les) culture(s) dans la rue. C'est le « freezing » et autres manifestations qui cherchent à interagir avec l'espace urbain. On parle encore de « scénographie urbaine », une scénographie qui, dans l'expérience de la Zinneke Parade, peut se marier où s'opposer à la ville ou au public qu'elle rencontre ; une scénographie qui se doit d'être en mouvement dans le rapport à chaque ville qu'elle occupe, à ses limites, à son contexte. Avec Namur en Mai, on parle même de « scénographie de la ville », un détournement de l'espace au profit de la fête, quand les dessus-de-porte à l'ancienne, les toiles vermeilles et les sculptures loufoques nous disent : Ici nous sommes en spectacle, et nous y emmènent. Le cirque ne se joue-t-il pas dans cet espace de rencontre avec le public.

Le chapiteau traditionnel, fort coûteux, fait lui aussi l'objet de recherches et de mutations diverses dans sa forme et dans son économie. Certaines petites compagnies de deux ou trois artistes parviennent à tourner en économie propre, avec de petits chapiteaux taillés sur mesure. Subsistent aussi quelques chapiteaux en dur comme celui d'Amiens, qui est ouvert au cirque animalier. Le cirque Plume a été le premier à oser une scène frontale dans son chapiteau. Bouglione continue de tourner mais préfère s'installer en dehors de la ville, au Heysel par exemple, à proximité de grands parkings. Bref, le chapiteau vit encore et titille jusqu'aux plasticiens : L'objet fascine. On aimerait travailler son dessin, en tant qu'élément d'architecture urbaine éphémère, projet visuel.


La piste

20 pour cent seulement des spectacles de cirque sont aujourd'hui créés pour la piste. Le 13 mètres et sa bonne dizaine d'artistes sont délaissés, pour répondre aux besoins du marché. On quitte une piste sans tricherie, qui enserre l'artiste dans le regard du public. Le choix répond d'une quête qui tend à privilégier le propos artistique, parce que quand on a fini de monter le chapiteau, on a plus d'énergie pour le reste. Il s'agit désormais, dans une scène très ouverte, de déconstruire le numéro, de se libérer de l'emprisonnement de l'agrès, de la rigueur et de l'obstination qui rythment la vie du trapéziste. La scénographie circassienne contemporaine cherche une manière d'impressionner autrement que visuellement et travaille sur le lien entre les numéros. Quelqu'un la dit en phase avec l'abstrait, l'épure qui vide le décor, et la perçoit comme un grand champ d'expérimentation. Et si des artistes abandonnent, parfois à regret, le mode de vie traditionnel, quittent la réalité de la piste au profit d'un nomadisme en chambre d'hôtel, certains disent que leur spontanéité, leur simplicité et leur humanité leur colle à la peau. Le cirque change mais revendique ses origines. Pour nous, il s'agit d'un trajet, d'une mutation et non d'un renoncement. Le débat si brûlant entre tradition et actualité du cirque serait-il en train de laisser place à un réel dialogue ?

Reste qu'il serait dommage de ne choisir le plateau qu'en fonction de ses avantages techniques et financiers. Le cirque contemporain ne doit pas se définir par rapport à la tradition mais bien selon ses arguments artistiques.

Et qu'en pense le public ? Lui qui pouvait voir la grand-mère d'en face se marrer. Est-il prêt à ne pas voir un cirque en rond ?


Carrousels, extra-terrestres, hommes des cavernes et prestidigitateurs
ont envahi la place.

On essuie de plus en plus de refus à cause de la mauvaise image du cirque traditionnel. Parce que des noms prestigieux produisent de mauvais spectacles. Nous avons aussi un problème de publicité. A Namur, on nous a donné 7 panneaux. Nous travaillons pourtant avec 50 personnes, il s'agit d'une grosse infrastructure. Nous avons besoin d'emplacements, comme en Allemagne, de grandes esplanades en dehors des centres. Moi j'arrive avec 50 véhicules et j'ai besoin de parkings pour mon public. A Liège, par exemple, le cirque Bouglione ne peut pas se produire Boulevard d'Avroy.
(...)
Il n'y a pas de guerre des cirques. A l'origine, c'est le même. Un flic-flac ou un saut périlleux, c'est pareil . Quand au cirque frontal, il existe depuis longtemps, avec les attractions et le music hall.
(...)
Nous n'avons jamais eu de subsides, nous consacrons notre temps à notre chapiteau et à notre spectacle.
(...)

Nathalie MÉLIS