La maison du cirque - La formation des formateurs

Paroles de Cirque 005 / Rencontre professionnelle

Retour

La formation des formateurs

Ecole de Cirque de Bruxelles - Samedi 13 juin 2009

Faut-il suivre une formation pour enseigner le cirque ?
Quelle formation ?
Comment assurer une qualité de l'encadrement ?

Etat des lieux

Le cirque a remplacé la gymnastique d'il y a trente ans quand, à la faveur des changements de 68, les activités de compétition se sont vues dépréciées. Les pratiques de cirque sont aujourd'hui privilégiées pour travailler le développement moteur, psychologique et affectif de l'enfant. Une multitude d'ateliers ont vu le jour, dispensés par des professeurs de gymnastique, des artistes, des acteurs mais aussi par des biologistes ou des chargés de communication, acquis au cirque dès leur enfance dans des ateliers de village. Les profils des encadrants sont donc très variés. Et s'il existe plusieurs portes pour un enseignement de qualité et que cette diversité relève de l'identité du cirque, force est de constater que n'importe qui peut ouvrir son école de cirque, avec le risque de porter préjudice aux arts du cirque et au corps de l'enfant. Parce que l'apprentissage a des conséquences morales et physiques. Le cirque transforme l‘individu.

Les ateliers en arts du cirque se situent à l'équilibre entre trois pôles, trois tendances : l'art (le cirque n'est pas un sport), la pratique corporelle (la technique) et l'éducatif. Les professeurs d'éducation physique doivent développer leur fibre artistique, les artistes, leur pédagogie, ... Or mis à part la formation pédagogique de l'Ecole du cirque de Bruxelles et la littérature abondante mais fort théorique produite par les professeurs d'éducation physique sur le cirque, les encadrants ne peuvent nourrir leur émulation que lors de rencontres plus ou moins informelles et de stages très coûteux ou trop longs.

International

En France, après 10 ans de travail issus d'un chantier de rénovation des diplômes des animateurs et des sportifs, la FFEC a obtenu la création d'un Brevet d'Etat "cirque" de niveau « bac ». La formation s'adresse aux 20-30 ans qui ont déjà quelques années de cirque derrière eux (prérequis techniques) ou aux professionnels qui désirent des compléments de formation, car le programme est exécutable à la carte. Il existera bientôt en outre un DE (diplôme d'Etat) enseignant des arts du cirque.pour les artistes qui veulent se diriger vers la pédagogie et les encadrants justifiant d'une expérience dans une spécialité des arts du cirque. La profession n'est pas réglementée mais le nouveau brevet va vraisemblablement s'imposer d'ici quelques années et être exigé pour les ateliers dispensés en milieu scolaire.

En Allemagne, il existe environ 600 groupes ou projets cirques et, depuis 2005, la fédération Umbrella débat sur la définition de « standards » de « bonne formation » qui devraient s'appliquer à tous les niveaux de formation. Il existe aujourd'hui des formations de formateurs de quelques semaines (300-400 heures) qui devront absolument être maintenues pour permettre le recyclage des encadrants. A partir du mois de septembre, les intéressés pourront en outre suivre une formation d'un an à temps plein (1700 heures). La fédération travaille aussi sur une formation interculturelle (s'adressant aux différents groupes culturels présents en Europe) et internationale. Depuis un an et demi, un groupe européen échange sur les différents standards d'enseignement existant dans les différents instituts de l'Union.

Chez nous

En Belgique, le public et les employeurs manquent de garanties. Il faudrait certifier les écoles pour éviter le drill à la performance ou la relation artisan-apprenti qui n'a de sens que dans la formation de haut niveau. Bétonner la base ou du moins la cibler, mettre des garde-fous.

Mais surtout, différencier les formations, de la promotion sociale à l'accompagnement individuel, pour favoriser le recyclage des formateurs déjà actifs. Et organiser la formation continue, sans laquelle le diplôme échouera dans la pratique.

Un diplôme reconnu transforme un emploi en un métier et lui donne des moyens financiers, mais l'institutionnalisation menace d'uniformiser la profession. Comme dans la musique où le diplôme existe depuis 1948 et balaye complètement le volet pédagogique. Il faudra donc veiller à respecter le bagage et la riche diversité des formations cirque, des pédagogies. Par ailleurs, la vague européenne de « masterisation » n'épargnera pas le cirque qui devra penser une identité de la formation dans l'après-Bologne.

Il s'agit avant tout de défendre une vision de l'éducation. On pourrait imaginer un serment de Socrate comme chez les instituteurs, chaque école pourrait avoir son projet d'établissement ou sa charte. Le projet de l'école française tient en trois lignes : Une école pour tous, une école pour chacun, une école pour les arts du cirque.

Quelques notes sur le BPJEPS spécialité « activités du cirque »

Parmi les prérequis techniques : équilibre sur le fil (avant, arrière, demi-tour, saut + un numéro à présenter) + 10 figures au trapèze (avec qualité de la prestation) + 10 figures de jonglerie à trois balles + diabolo, ...

Programme :

1350 heures réparties entre le centre de formation et l'école de cirque de l'étudiant, où il aura un programme à appliquer.
1er module : les cinq familles du cirque (aérien, équilibre, acrobatie, manipulations, arts clownesques).
2ème module : l'expression artistique.
3ème module : la sécurité et la réglementation (remorques, ergothérapie, accrochage...).
4ème module : la pédagogie (méthodologie, anatomie, psychologie).





Nathalie Mélis