
Paroles de Cirque 001 / Rencontre professionnelle | Retour |
7 mars 2009, Piste aux Espoirs, hôtel «Cathédrale», Tournai, 10h30. Face à face en formation carrée, dans la grande salle d'une maison ronde en chantier, une quarantaine d'opérateurs, de fonctionnaires, de diffuseurs, d'animateurs, d'échevins, de clowns retraités (ou non), belges, anversois, londoniens, autrichiens, namurois, français, montréalais, se sont penchés sur l'étude d'un être vivant au cœur de la famille du cirque, caméléon joyeux mais capricieux de la diffusion circassienne : le festival.
Un festival de cirque à quoi ça sert ?
La pierre est lancée. Un corps trapu et concentré la reçoit avec souplesse. Elle roule, légère.
Fête, spontanéité, envie. Rencontre, retrouvailles, lien. Le festival de cirque comme un vent de folie qui veut risquer et confronter, mais aussi partager, rassembler, se rassembler. Avant, pendant et après, la fête est une réalité dans la manière dont on organise le festival, dont on le construit. Elle tricote des aventures de bénévoles, d'artistes, de spectateurs, de commerçants. L'opérateur est à son service.
Quels qu'en soient la forme et l'objet: podium multidisciplinaire ou rencontre d'écoles, saisons d'une ville ou actualité du cirque, soirées composées en salle, ou grandes formes sous chapiteau.
Le festival habite un espace de collines ou de vastes plaines, une banlieue ou un centre touristique. Il réussit quand il s'enracine dans son contexte particulier, quand il écoute son territoire. Quand la population du lieu se l'approprie, s'en revendique. Quand elle se fâche si on la trompe, quand elle écrit des lettres à la mairie pour la remercier. La fête circassienne devient ainsi partie prenante du développement de la ville ou du village, de son expression. Elle prolonge son histoire, elle participe de sa respiration. Elle peut éventuellement lui rapporter quelques deniers. Et la ville aménage l'espace en vue de son utilisation par les artistes. Et les organisateurs se préoccupent de l'environnement.
Temps fort. Le festival émerge de la programmation annuelle, contre l'abondance des évènements, la multitude de l'offre. Il peut être l'occasion de programmer plus risqué car il est un élément de visibilité, monstration de la diversité de la création cirque, une vitalité aux affiches sans nom, tellement difficile à cerner en quelques mots. Il nourrit l'image du cirque.
Le festival de cirque prend son temps : quelques jours ou quelques mois, quand les artistes peuvent évoluer dans la répétition de leur spectacle, travailler et rebondir sur un public qui a le temps. Attention, l'événement n'a pas de raison d'être seul. Il n'est rien sans un travail en amont et en aval, d'accompagnement et de suivi de la création, de production, de structuration du projet culturel. Il s'agit d'assurer le relais vers les pouvoirs publics, les centres culturels, de répondre aux besoins pratiques des artistes afin de servir la création et la diffusion.
D'année en année, ce gentilhomme de la maison ronde naît, vit en épousant l'évolution de son art (s'il laisse place au débat) et ... meurt, c'est normal. Quand les objectifs sont dissociés des réalités, quand les attentes du public dépassent les possibles, quand le festival s'installe dans la permanence.
Le festival de cirque écoute les désirs du public. Ses artistes le rencontrent. Un public le plus large possible qui assiste à plusieurs spectacles si les tarifs et l'organisation le permettent. Le spectateur doit être ravi, mais aussi surpris, emmené. La rencontre est l'occasion de fidéliser et de développer de nouveaux publics.
À l'autre extrémité de la longe, un maillage délicat de partenaires (ville, province, région, centre culturel, associations autonomes, ...). Les agendas sont différents, ils cherchent le lieu de la rencontre. Il y a compromis. Chacun devra rester à sa place et dans ses objectifs, s'abstenir de phagocyter ses partenaires ou le bébé prendra des formes monstrueuses et mourra d'une mort lente et douloureuse.
Mais la fête est aussi un marché, un rassemblement de professionnels, le terrain de la promotion, de la rencontre avec les médias, où l'artiste ne peut pas se planter sous peine de damnation éternelle. La manifestation gigote entre tremplin et laboratoire. Et si elle sert la création elle ne doit pas en être le lieu. Moralité : mieux vaut ne pas programmer de première.
Et le cirque amateur? Il a parfois sa place, il peut même servir l'émulation et nourrir ce qui doit rester le cœur, la raison d'être du festival: les arts du cirque, l'artiste, la culture.
Les maçons ont parlé. La pierre, solide, s'est posée. Fondation.
Nathalie Mélis