
Paroles de Cirque 002 / Rencontre professionnelle | Retour |
La diffusion circassienne galère.
Faut-il un prétexte pour programmer du cirque ? Noël ou l'anniversaire de la Communauté Française ? Frileux, les programmateurs craignent les coûts du chapiteau, ses complications techniques, la chute des voltigeurs. De toute façon, conclue-t-on, le cirque, c'est pour les enfants. Quant au public des salles de théâtre, il n'aime pas le cirque. Sauf à Tournai ? La programmation cirque de ce centre culturel a une histoire. Il s'agit d'agir en douceur, de varier les plaisirs pour aider les yeux à lire le corps circassien.
En Flandres, les programmateurs sont demandeurs, mais les salles manquent de hauteur. Les artistes voudraient s'exporter mais leur succès est mitigé. D'où l'idée d'étudier pour s'en inspirer, l'envol de la danse contemporaine flamande.
Le passé du cirque joue donc des tours à ses enfants, qui lie son spectacle au chapiteau, au jeune public. Il est temps de travailler les imaginaires, de défendre une forme artistique particulière, une compétence qui s'articule autour de la virtuosité, de la performance et du langage corporel. Une écriture ?
Les artistes de cirque semblent éprouver des difficultés à créer un contenu, à écrire leur spectacle, eux qui parlent sans mot. L'exercice aiderait pourtant les programmateurs. Ils se plaignent de ne pas toujours disposer du minimum, comme une fiche technique adéquate. Professionnalisation des artistes ? Aide à l'écriture. Les diffuseurs sont déjà fort demandés, quand on peut se les payer.
La mise en salle des artistes du cercle exige plus de mise en scène. Signalons à ceux qui l'ignoraient encore que le cirque ne se joue pas uniquement sous chapiteau. Il entre en salle. Il se déplace vers le théâtre. Naturellement? Non. Pour les artistes, l'adaptation aux salles conditionne le processus de création. Les grands gabarits nécessitent des structures d'accueil qui font défaut. Quelques lieux seulement reçoivent de l'aérien en Communauté Française. Les artistes doivent-ils réduire leurs ambitions, penser en plusieurs tailles ? Oui, mais la profession risque alors de se réduire au plus petit dénominateur commun. Evitons la quadrature du cercle, le glissement d'identité vers le théâtre.
Ainsi, une troupe désirant entrer sans tarder en scène s'était montrée à Huy et se vit affublée d'une étiquette indécollable « jeune public ». Or le cirque est un divertissement intelligent destiné au « tout public », le visuel emmenant les plus jeunes, le contenu parlant aux aînés.
Certaines salles offrent de la hauteur, s'apprêtent pour le cirque. Encourageons-les. Dressons un cadastre des salles équipées. Et pourquoi pas un label dont les spécificités justifieraient des subsides particuliers ? Pour la formation des techniciens par exemple.
La création cirque manque de résidences. La culture de l'accueil fait défaut dans ces lieux dont les salles demeurent vides quelques mois par an. Mais l'accueil ne coule pas de source ! Les horaires et les compétences techniques, à fortiori pour des spectacles de cirque, diffèrent de ceux d'une programmation classique. La présence à l'artiste en résidence doit être pensée pour exister. Là aussi la formation s'impose.
Et la résidence peut servir la diffusion : présentation d'étapes de travail, clin d'œil au cirque en première partie d'un spectacle de théâtre, ... Les clowns sont demandeurs, eux qui ont besoin du public pour grandir. Un cadastre des lieux intéressés à accueillir?
On abandonne donc le chapiteau, trop cher. Il attire pourtant les publics populaires. Qu'il s'installe sur la place du village et tout le monde pointe son nez. Dans certaines régions dépourvues de salle, un chapiteau reprendrait sens. Installé en campagne (c'est plus simple), il réjouirait tout un bassin de population. La Communauté Française dispose déjà de quelques chapiteaux. Celui de l'Ecole de Cirque de Bruxelles par exemple.
Et pourquoi pas un chapiteau fixe vers lequel seraient organisés des déplacements de population ? A l'image de « L'attitude bus » qui emmènera bientôt les spectateurs bruxellois voir Circus Ronaldo sous le chapiteau de Marchin .
On propose d'adresser des demandes particulières au Service de la diffusion ; pour certains spectacles de cirque, plus coûteux, et pour la diffusion sous chapiteau.
La portée du rassemblement du secteur donne ici la pleine mesure de son amplitude, pour former les techniciens des centres culturels, pour emmener leurs abonnés vers le chapiteau, pour aider les maisons de la culture à abriter une création, que l'on aidera par ailleurs à s'écrire.
Allo la Maison du Cirque ?
Par-delà les frontières, la France est à l'aube de tristes changements, vers une rationalisation des budgets culturels. Le marché français, basé sur un réseau dense, suréquipé et jaloux de son territoire, va devoir s'ouvrir pour survivre.
Les Québécois souffrent d'une hypertrophie des cirques grand format. Le « pays du cirque », aveuglé et saturé par sa grande production, oublie de financer les petites et moyennes formes. La Tohu doit programmer des spectacles étrangers et diffuser outremer.
Allo la Maison du Cirque ?
« La MdC vient tout juste de poser sa deuxième première pierre et voudrait éviter l'effet Obama... » Il y a du pain sur la planche. Certaines des idées évoquées sont déjà sur l'établi : des ateliers pour les techniciens, une collaboration avec la Tohu , le cadastre des salles et le déplacement des publics.
La maison de tulle atterrit dans les bras des techniciens. Les maçons continuent leur travail de fourmis, ravis d'avoir posé une deuxième première pierre.
Nathalie Mélis