La maison du cirque - Identités du cirque

Paroles de Cirque 007 / Rencontre professionnelle

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Identités du cirque

La Bellone, Bruxelles - mercredi 27 janvier 2010


La façade classique de La Bellone se dresse dans une cour intérieure, à l'abri d'un toit de verre. Ce lieu hybride, passage, « Maison du Spectacle » en mutation, se prête à merveille au thème du jour : l'identité du cirque et la naissance de sa Maison, lieu d'un nouvel art qui a déjà 200 ans.

La nécessité de préciser les contours du cirque revient, lancinante. La question même pose question. Résultat : le chien pourrait se mordre la queue, l'exercice tourner à l'obsession, un acharnement propre au circassien. Cette problématique résulte d'une tension entre tradition et contemporanéité. Depuis trente ans, le cirque est ballotté entre la case « divertissement populaire » et celle de l'« art contemporain ». Aujourd'hui ces tensions s'estompent, tandis qu'à l'échelle des arts vivants, le métissage s'installe. Et si l'on oubliait de rentrer dans des cases ? Pour trouver la sortie, il faudra chercher ce qui rassemble.

Le ou les cirques ?

La réalité, l'actualité, celle qui modèle les arts dits contemporains, invite l'agrès à se dépasser, la prouesse à se poétiser, à produire du sens. Le propre du nouveau cirque est de demander au circassien, éduqué à la rigueur, de savoir ensuite la tuer, de chercher un ailleurs par rapport à la spécificité de sa technique. Le cirque devient alors « art vivant», par déteinte, frottements et échanges avec la danse, le théâtre, la littérature, arts eux-mêmes de plus en plus mélangés. Le cirque ? Les cirques ? Le nouveau, l'argentin, le verbeux, le traditionnel, l'animalier ?

Personne ne s'offusque de trouver tous les livres dans une librairie générale, tous les disques dans la musique. Le cirque est lui aussi essentiellement hybride. Il ne s'agit pas de défendre le cirque en soi, mais bien de défendre le cirque dans toutes ses formes. Le bébé a déjà deux siècles. Pour survivre, il a toujours été chercher ailleurs ce dont il avait besoin. Ne nous tracassons donc pas pour Le Cirque, bataillons plutôt pour le cirque que nous aimons.

Les artistes décident

Les artistes définissent le cirque, pas nous.Ces acrobates pétés dans leur tête qui se mettent en risque, ces circassiens dont la recherche du spectaculaire est liée à une pratique répétitive, déterminée. Ces troubadours qui vivent comme ils travaillent et qui jouent en travaillant. Ces artistes qui se mettent sur leurs mains et qui trouvent ça fort, que ça veut dire quelque chose et qui ressentent le besoin de développer ça de manière brute. Ces surhommes et leurs faiblesses savent d'où ils viennent.

Le cirque est avant tout une discipline, un temps, une obsession, qui se déroule entre l'artiste et l'agrès, dans la performance. Un acteur de cirque n'est pas un acteur de cinéma. Il y a perte d'identité quand l'artiste va chercher ailleurs que dans l'aboutissement de sa technique, ce qu'il n'a pas pu y trouver.

C'est quoi un spectacle de cirque ?

Il y a autant de spectacles que d'auteurs. Les spectacles s'accommodent de plus en plus mal de leur classification. L'exercice est un mal nécessaire à la communication, qu'il s'agisse d'obtenir un financement dans l'une ou l'autre commission de la Communauté Française, ou d'orienter le public. Celui du cirque sera plus accessible, plus ouvert, mais il ne viendra pas si le même spectacle est étiqueté « danse ».

Et plutôt que de s'en formaliser, soyons mercenaires : « S'il y a des sous dans le cirque, dites que vous faites du cirque. » À la Communauté Française, tout a commencé par une case « beaux-arts ». Des années plus tard, on inventait le « Service du cirque, des arts forains et de la rue » pour éviter la phagocytose des blocs solides du théâtre et de la danse. Mais c'est parfois par autoprotection que l'artiste s'invente un registre. Les tiroirs sont très pratiques pour te dire que tu n'y connais rien. Il y eut une époque où c'était la danse qui concentrait tous les arts autour d'elle, aujourd'hui c'est le cirque. Une occasion à ne pas rater. Les choses se construisent avec ceux qui font. Comme dans la pratique du cirque, il y a quelque chose de systématique. Protéger peut revenir à scléroser. À quand une commission unique des Arts de la Scène ?

Ce qui nous ramène à la vocation politique du cirque. Dans les années septante, on se réjouissait d'observer l'impact que le cirque pouvait avoir sur son public. Il officiait comme une agora du philosophe et du fou, du vieillard et des enfants, un espace de renversement. Aujourd'hui encore, personne n'a peur d'aller au cirque. En mélangeant les genres, il ouvre les portes de la culture. Le cirque ne peut pas perdre son universalité. Il est et doit rester populaire.


Définitions en vrac

Le cirque c'est la mort.
Le cirque est un jouet.
Vraiment je ne sais pas ce qu'est le cirque.
Le cirque est un piège.
Le cirque est un espace.
Le cirque est une disposition sociale.
Le cirque est tout à la fois.
Le cirque c'est la prouesse.
Je ne sais pas quand il y en a, mais je sais quand il n'y en a plus.
Le cirque c'est quand je fais waouh, mais je ne dois pas faire waouh tout le temps.
Le cirque est français.
Le cirque n'est pas français.
Le cirque est un Etat où le sublime côtoie le ridicule
Le cirque renverse.
Le cirque est un désordre contre la tyrannie.
Le cirque est ce qu'il est.
Le cirque est une musique des corps.
Le cirque est un théâtre de l'absurde.
Le cirque est partout.
Le cirque a beaucoup d'audace.
Le cirque, c'est le rire...
Le cirque, c'est la peur mêlée à l'envie inavouable que la belle trapéziste tombe.

Le cirque est une émotion.
...




Nathalie Mélis

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