La maison du cirque - Isabelle JANS

Figures de Cirque / Portrait

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Isabelle JANS

Le Théâtre des Dams


C'est confirmé. En septembre prochain, Isabelle Jans succédera à Philippe Grombeer à la direction du Théâtre des Doms - vitrine de la création Wallonie Bruxelles en Avignon. Impliquée depuis le début de l'aventure en 2002, Isabelle Jans nous confie son affection pour les artistes et confirme que les Doms, c'est avant tout leur maison.

Rencontre avec une drôle de Dams

D'où venez-vous Isabelle ?

Pour commencer, j'ai étudié la communication à l'ULB (l'Université Libre de Bruxelles) dans le but avoué de devenir journaliste culturelle. Comme je n'étais pas très scolaire, j'ai davantage fait des stages que fréquenter les salles de classes. Ces stages, je les ai effectués dans différents journaux, au Soir et au Drapeau Rouge principalement. A l'époque le Drapeau Rouge était le journal du Parti Communiste qui avait une page complète culture, page tenue par un journaliste : Francis Chenot. Tous les jours, il remplissait la page culture avec quelques pigistes et, en général, un stagiaire. Je suis restée quasiment un an avec lui à aller tous les soirs au spectacle et écrire tous les matins. C'est là que je me suis rendue compte que je n'étais pas faite pour juger le travail des autres. J'ai donc renoncé à cette vocation et me suis tournée vers l'action culturelle. J'ai donc entamé des stages dans des plateformes culturelles, principalement au Botanique et aux Halles de Schaerbeek où j'étais l'assistante du programmateur musique. A cette époque, la programmation des Halles était très musicale et la musique me semblait plus abordable que le théâtre où j'allais essentiellement en tant que spectatrice. Et puis les hasards des rencontres m'ont menées à faire de la diffusion de jeunes groupes de musique et à travailler dans une boite de son où j'ai appris beaucoup de choses pratiques comme la comptabilité mais aussi et surtout la technique, l'organisation de spectacles, la production. Et mes dernières années bruxelloises, j'étais responsable de communication et attachée de presse au Muséum des Sciences Naturelles, à temps partiel tout en continuant à faire de la diffusion et de la production pour des groupes de musique. En 2002, j'ai quitté Bruxelles pour le Théâtre des Doms.
Travailler avec Philippe Grombeer pendant dix ans a été complètement passionnant. Son ouverture et l'intérêt qu'il a encore et toujours, à la veille de la retraite, pour des projets jeunes, contemporains ont été pour moi une école de vie et de travail extrêmement importante. Jamais il n'a vécu cela comme un travail, il a toujours été dirigé par son émerveillement personnel.

Le fil conducteur dans ce parcours, ce sont les gens, il n'y a que les gens qui m'intéressent, et les artistes en particulier !

En septembre prochain, vous prendrez effectivement la tête du Théâtre des Doms, doit-on s'attendre à de grands changements ?

Il n'y a pas de réorientation majeure si ce n'est d'être plus exhaustif dans la perception que nous avons de la création de Belgique francophone pour être le plus pertinent possible dans ce que nous présentons. C'est l'axe majeur et c'est dans ce but qu'Hervé d'Otreppe, co-directeur, restera principalement basé en Belgique. C'est un aspect très important pour nous.

Vous qui représentez les Arts de la Scène de la Belgique francophone en Avignon, avez-vous l'impression que notre cirque a une identité particulière ?

Il me semble que cette identité particulière s'inscrit dans le cadre général des arts de la scène Wallonie Bruxelles et que l'identité de notre cirque est un peu semblable à celle du théâtre, une sensibilité plus encline à l'humour, à la dérision, une capacité à parler du monde d'aujourd'hui, à ajouter du sens à la forme, ce qui fait partie de l'évolution générale du cirque contemporain, mais qui est peut-être plus fort en Belgique francophone. En tout cas, c'est cette partie qui m'intéresse et qui me touche et c'est à cela, au Théâtre des Doms, que nous sommes sensibles, aussi bien en cirque qu'en théâtre et en musique.

Vous soutenez beaucoup la présence d'une compagnie de la Fédération Wallonie-Bruxelles dans le cadre de Midi-Pyrénées fait son Cirque en Avignon. En quoi estimez vous que cet art doit être soutenu?

Il doit évidemment être soutenu au même titre que les autres arts de la scène. La dynamique de développement du cirque au sein des arts de la scène en Belgique francophone grâce, entre autre, au développement d'une école internationale comme l'ESAC et à l'ouverture de la Maison du Cirque est un mouvement avec lequel nous nous sentons en complicité, que nous avons envie d'accompagner et qui nous semble important. Parallèlement à ce mouvement, ici, à Avignon, l'opération Midi-Pyrénées est une réelle opportunité pour nous de faire découvrir des spectacles qui n'entrent pas dans notre salle. Midi-Pyrénées fait son Cirque en Avignon est une plateforme qui offre une visibilité, un encadrement professionnel, sur laquelle beaucoup de professionnels sont présents. Pour nous, il s'agit d'opportunité à ne pas manquer. Donc nous essayons, même si budgétairement ce n'est pas évident, de faire en sorte que chaque année, une compagnie soit mise en valeur dans ce cadre-là. D'une manière générale, c'est notre façon de fonctionner, nous essayons d'être réactifs à toutes les opportunités qui se présentent, qui nous semblent pertinentes, de présenter des artistes de Wallonie Bruxelles et Midi-Pyrénées fait son cirque en Avignon en est une assurément. Dans le contexte des Doms, nous avons toujours essayé de montrer des spectacles de cirque dans notre salle mais pour ce faire, les spectacles doivent entrer dans 6 mètres sur 8 avec 4 mètres 50 de hauteur et peu de possibilités d'accroches. Dès que nous pouvons le faire, nous le faisons mais c'est bien que nous puissions soutenir le cirque dans le cadre de Midi-Pyrénées qui est plus adapté à ses disciplines.

Que représente-t-il pour vous au sein des arts de la scène ?

La particularité du cirque, c'est qu'il a la capacité d'intéresser un public très large et à sortir des salles, il peut donc mobiliser un public plus familial, plus populaire et il offre une possibilité d'accès à des gens qui pourraient peut-être avoir des réticences à aller au théâtre. Il est également porteur de sens, il ne se cantonne pas à étaler de la performance, c'est un art à part entière et doit être défendu en tant que tel. Avec cette particularité qui, à priori, le rend plus facile d'accès.

D'un point de vue création, que pensez-vous de la « nouvelle scène » cirque, de son apport, de sa collaboration avec les autres arts ?

Nous sommes dans un contexte où tous les arts de la scène se mélangent, où l'on assiste à une explosion de la pluridisciplinarité dans tous les arts et le cirque participe à cette dynamique tout en gardant une place à part entière. Par exemple, j'ai assisté à une pièce de théâtre où l'histoire racontait un voyage initiatique dans une jungle où à un moment la comédienne grimpe à une corde et s'enferme dans un tissu, ce qui faisait évidemment sens avec ce qu'elle était en train de raconter. Une partie des techniques de cirque qui se diffuse dans l'ensemble des spectacles vivants et en particulier dans la danse contemporaine où le croisement entre les circassiens et les danseurs est très intense et très riche de possibilités. De plus le théâtre s'imprime lui aussi dans le cirque, cela fonctionne dans les deux sens. L'intégration du cirque dans le théâtre semble plus limitée que dans le cas de la danse contemporaine mais elle existe, il y a clairement un développement du récit, de la dramaturgie, il y des ajouts de texte qui sont récents dans les spectacles de cirque et cette évolution m'intéresse particulièrement. C'est dans ce cadre que le spectacle de Patrick Masset me tient fort à cœur (Le spectacle L'Enfant Qui de la compagnie Théâtre d'un Jour, créé par Patrick Masset se jouera à Avignon cette été dans le cadre de l'opération Midi-Pyrénées fait son cirque en Avignon, sur l'île Piot). C'est dans ce croisement, je trouve que ce spectacle est complètement belge francophone. Il est à la fois dans la performance circassienne, en détournant des agrès par des éléments naturels, mais intègre également d'autres formes comme la marionnette qui est aussi une des spécialités de Wallonie Bruxelles qui prend une place importante. Le travail sur la dramaturgie et le propos, la partie musicale jouée live très contemporaine dans l'approche sont très intéressants également. Et il y a dans ce spectacle ce surplus de poésie et même de dérision qui le rend très emblématique de ce que nous essayons de défendre. Cela se ressentait également dans Carré Curieux (la compagnie Carré Curieux, Cirque Vivant ! était la compagnie Wallonie Bruxelles accueillie sous le chapiteau de l'île Piot dans le cadre de l'opération Midi-Pyrénées fait son Cirque en Avignon en 2010), cette espèce de dérision ludique, qui je trouve a une identité très Wallonie Bruxelles. Le nouveau projet des Doms va continuer à accompagner cette dynamique de collaboration avec Midi Pyrénées fait son Cirque en Avignon et mon complice Hervé d'Otreppe est tout à fait sur la même longueur d'onde que moi, par rapport à ça.