La maison du cirque - La mise en piste circulaire

Paroles de Cirque 009 / Rencontre professionnelle

Retour

La mise en piste circulaire

La Piste aux Espoirs - Tournai - samedi 5 mars 2011


Imposante salle tournaisienne qui va abriter la neuvième rencontre professionnelle du cycle « Paroles de Cirque » dans le cadre de la 21ème édition du festival La Piste aux Espoirs.
Les intervenants prennent place. Les tables sont installées en carré. Quelque chose ne tournerait-il plus rond au royaume du cirq'ulaire ?

Le circulaire c'est l'identité même du cirque, son image d'Epinal, liée au temps où le cirque essentiellement équestre, était doté d'une piste d'un diamètre normalisé de 13 mètres. Les temps ont changé mais l'image est restée. Que représente encore la spécificité d'un spectacle en circulaire, quelles sont les difficultés particulières, les avantages ? Et autant de points de vue que d'interlocuteurs, logique finalement.
Petit panorama à 360°.

ORATEURS

Victor CATHALA, artiste, Cirque Aïtal
Gilles DEFACQUE, directeur, le Prato - Lille
Nadia DROUIN, programmatrice, la TOHU - Montréal
Valérie FRATELLINI, directrice pédagogique, Académie Fratellini - Paris
Roger LEROUX, directeur, Cirque-Théâtre d'Elbeuf
Dirk OPSTAELE, directeur artistique/metteur en scène, Ensemble Leporello

Jouer en rond ? Tourner en rond ?


Malgré qu'environ quatre-vingt pourcents des nouvelles productions circassiennes soient conçues pour une exploitation en frontal, le circulaire continue à fasciner et connait même un regain d'intérêt. Cirque Aïtal en est un exemple, eux qui ont fait le choix de travailler sous chapiteau et en 360° malgré les réelles difficultés tant économiques que logistiques que cela entraîne mais surtout pour l'autonomie que cela apporte. Victor cofondateur de la compagnie confie que travailler en circulaire est une approche complètement différente de la recherche en frontal, que les questions d'énergie sont abordées d'une autre manière, plus fluide en cercle que dans l'approche frontal.
La relation au public en est également transformée. Dans le circulaire, l'artiste est placé au centre et en contrebas du public, a contrario du théâtre où le comédien est bien souvent placé en hauteur et protégé par les machineries, nous explique Roger Leroux, directeur du Cirque-Théâtre d'Elbeuf. Pour lui : « le circulaire offre une vision globale de ce qui s'y déroule, n'y cache rien. L'artiste, au centre du cercle magique, porté par la ceinture des regards et des attentes, s'élève, repousse ses limites et dans le même temps les révèle. La piste magnifie la condition humaine. La piste répond tout à la fois à la plus grande liberté des acteurs et permet à chacun des spectateurs de voir et d'entendre avec la même intensité quelle que soit la place qu'il occupe, même si chacun d'entre eux ne voit ni n'entend la même chose, le cercle multiplie les points de vue. De plus, symboliquement - et seulement symboliquement -, la piste prône, le temps d'un spectacle, l'égalité des présents, tranche dans l'indéniable hiérarchie sociale. » Il poursuit en avouant que « les compagnies de nouveaux cirques ont fortement rompu avec cette tradition de l'artiste au centre pour le mettre en face. Les esthétiques nouvelles, tout en continuant d'explorer les formes multiples du rapport du couple spectacles/spectateurs ont dans la majorité, adopté le rapport frontal, ou bi-frontal, même sous chapiteau, au risque de perdre une dimension. Elles ont privilégié l'En-face au détriment de l'Ouvert, dessinant une ligne de fracture dans le mouvement circassien actuel, dans la mesure où ces deux positions traduisent deux pensées dramaturgiques distinctes, deux modes opposés d'être au monde.
Et puis il y a ceux, un peu moins inconditionnels du cercle, comme Dirk Opstaele, fondateur et metteur en scène de l'Ensemble Leporello. Pour lui appréhender le rond est difficile et construire une image pour du circulaire est extrêmement compliqué car cela parasite la composition, et rend l'image floue. Le circulaire induit plus de variables à gérer et de surcroît, même si le cercle permet d'abolir une certaine hiérarchie, il n'en reste pas moins que de meilleures places existent également quand on fait le choix du 360°. Dans ce genre de pari, conclut Dirk Opstaele, soit le public adhère, le comédien est fascinant et alors là, on assiste à un moment magique, soit ...
Le cercle reste donc une prise de risque à chaque fois, et pour cette raison fait peur, même quand il s'agit d'exercices d'école avec l'exemple des apprentis de l'Académie Fratellini qui ont à leur disposition un cirque tout confort, ils demandent à le pratiquer en frontal.
Mais les raisons esthétiques ne sont pas seules en jeu dans cette raréfaction de la production de spectacles circulaires, les raisons économiques liées au coût très élevé de l'itinérance, se répercutant sur le coût des spectacles eux-mêmes poussent bien souvent les compagnies à formater leur travail et l'adapter au plateau des salles existantes plutôt que de se risquer dans l'aventure du chapiteau. Et quand bien même une compagnie tente le pari, le problème d'accueil des chapiteaux apparaît.

En conclusion et pour reprendre l'introduction de Roger Leroux :
« Sans s'attarder sur l'étendue de la richesse symbolique du cercle, acceptons que cette figure est celle naturelle du rassemblement. Intuitivement on s'attroupe « en rond ».

Sara Lemaire