La maison du cirque - Cécile IMBERNON

Figures de Cirque / Portait

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Cécile IMBERNON

Un chouette regard sur la diffusion

Après avoir fait ses armes de l'autre côté de la frontière, c'est en Belgique que la française Cécile IMBERNON décide de poser ses valises pour mettre son savoir-faire au service de la diffusion des spectacles vivants. Chargée de missions pour le projet européen TransMission, coordinatrice du Solidarity Village pour le festival Couleur Café et enfin chargée de diffusion au sein de La Chouette Diffusion... Sans parler du reste, Cécile possède de nombreuses cordes à son arc qui, nous l'espérons, profiteront autant que possible aux artistes résidant sur le territoire Wallonie-Bruxelles.

Nous avons plus particulièrement interrogé Cécile à propos de son implication dans La Chouette Diffusion qui promeut notamment les compagnies circassiennes Circoncentrique, Rasoterra, Paki Paya et Les Voisins. Le métier de chargé(e) de diffusion est souvent considéré comme étant une fonction de l'ombre, néanmoins, il s'agit de la première face visible de l'équipe artistique...

Le métier de chargé(e) de diffusion est une profession peu connue du grand public. Quelles sont les activités principales qui se cachent derrière cette notion de diffusion et qui sont les acteurs culturels avec qui vous êtes en contact ?

La principale mission d'un(e) chargé(e) de diffusion est d'assurer le lien entre les artistes et les programmateurs. C'est un travail d'accompagnement de projet qui se développe autour d'un double axe : la communication et la vente.
Au point de vue communication, grosso modo, mon travail peut se diviser en différentes tâches : la prospection, c'est-à-dire déterminer les personnes qui seraient susceptibles d'être intéressées par les spectacles que je représente et à quel moment ils ont besoin de ces infos, la communication (mailing, envoi de dossiers, invitations...), la négociation, qui est la partie la plus « commerciale », puis l'organisation de la tournée avec la réalisation de la feuille de route.
Au point de vue vente, je suis donc en contact avec un grand nombre de programmateurs. Le but est de faire en sorte qu'ils aient un maximum d'infos sur les compagnies que je défends afin de pouvoir choisir ou pas de les diffuser. Il s'agit d'installer une relation de confiance. Pour cela, j'essaie d'être sur le terrain en participant entre autres à des festivals, afin de créer un contact direct avec les programmateurs, à chaud, où les artistes peuvent faire preuve de leurs talents ainsi que de leurs compositions. Par exemple, je participe au festival "De Gevleugelde Stad Ieper" ("La Ville Ailée d'Ypres") qui est un festival de promotion internationale pour le théâtre de rue. Il se décline sous deux formes : le festival de promotion dans les rues et le salon professionnel en salle. C'est le genre d'occasion idéale pour peaufiner son carnet d'adresses.
Tout ceci implique bien sûr que je sois en permanence en contact étroit avec l'équipe artistique. Au niveau de la compagnie, mon rôle est de m'assurer que tout tourne bien. Enfin, je suis en contact avec certains lieux « ressources » comme les lieux de production ou les réseaux.
Etant nous aussi des acteurs culturels du milieu, il me semble important d'interagir avec un maximum de personnes.

Vu la faiblesse de moyens financiers des jeunes compagnies, vous arrive-t-il de porter plusieurs casquettes ? Parvenez-vous à toujours privilégier votre rôle de chargée de diffusion, sans le confondre avec des fonctions de production ou d'administration ?

A la Chouette Diffusion, nous avons pris le parti d'assurer principalement la diffusion et la production des spectacles. Comme nous nous considérons comme des membres à part entière de l'équipe, il peut bien sûr arriver que nous réalisions d'autres petites tâches (par exemple administratives ou de gestion d'équipe), mais il me semble important que les tâches soient le mieux réparties possible. Le principe de base est que tout travail effectué par un membre de la compagnie soit rémunéré. Évidemment, cela reste au cas par cas. Selon les contextes, nous appliquons une rémunération au pourcentage ou au cachet toujours pris sur les dates vendues.

La Belgique est un terrain de jeu bien moins vaste que la France. Pourquoi avoir choisi d'y travailler ? Quelles y sont les principales différences que vous mettriez en exergue ?

Mon arrivée en Belgique a vraiment été une belle opportunité d'investir un réseau que je connaissais peu. J'y ai très vite rencontré des gens qui m'ont accueillie à bras ouverts et qui m'ont aidée à structurer mon travail de chargée de diffusion.
Contrairement à la France, la Belgique est un réseau plus petit et je dirais, plus dense. Il est donc relativement facile d'en avoir un aperçu le plus complet possible et de développer un réseau.
De plus, la présence de nombreuses écoles d'art (et notamment de cirque) rendent le pays très dynamique au niveau de la création. Il manque simplement des chargés de diffusion et de production pour les aider à se structurer et à décoller. Je peux presque les compter sur le bout de mes doigts.
En France, il existe un réseau de partage à la diffusion, dont la Belgique profite. Il a été mis en place afin de savoir tout ce qu'il se passe dans le milieu et surtout d'établir une entraide entre les différents chargés de diffusion et d'éviter le sentiment de solitude qui peut apparaître après plusieurs jours passés derrière son ordinateur. Différentes initiatives ont été créées comme par exemple une mailing liste où l'on échange des conseils, des contacts, les actualités du secteur ou des rencontres dans les plus importants festivals de diffusion.

Quels sont vos critères de sélection par rapport à vos choix de collaborer ou non avec telle compagnie ou pour tel projet ?

J'avoue que je fonctionne un peu au coup de cœur. En gros, quatre éléments sont pris en compte

1. La qualité du travail artistique
2. Les relations humaines avec la compagnie
3. L'aspect technique du spectacle
4. La cohérence du spectacle au sein du catalogue de la Chouette Diffusion.

Il faut rester vigilant à ce que les différents spectacles ne se fassent pas concurrence.

Comment décrirez-vous le niveau professionnel des artistes circassiens résidant en Belgique au point de vue technique et scénographique ? Y a-t-il, selon vous, suffisamment de structures dédiées aux arts circassiens : lieux de création, d'aide à la création, de diffusion, d'apprentissage et d'informations ?

Bien sûr, c'est très varié. Je dirais que globalement le niveau est assez élevé. Cependant, je pense qu'il y a une vraie carence au niveau des structures d'aide à la diffusion et à la production. Très peu (voire pas) de formations existent pour former des chargés de diffusion et les artistes se sentent un peu désarmés face à cette tâche. Ils ne savent souvent pas réellement à quoi correspond la fonction de chargé de diffusion. Néanmoins, quelques modules complémentaires à la programmation existent comme à l'IAD. Il est important que chacune des deux parties connaissent les activités de l'autre afin de mettre en place une collaboration constructive.
Au niveau des structures de création, il me semble que plusieurs lieux assurent cette fonction de manière très efficace. Pour moi, la prochaine étape serait peut-être davantage de faire entrer le cirque dans des lieux de diffusion qui ne l'ont pas encore accueilli.
Dans ce but, je pense qu'une vitrine de la création circassienne belge serait intéressante à mettre en place afin de permettre à certains programmateurs de réaliser que le cirque moderne est plein de possibilités et peut venir enrichir d'autres disciplines.

Les arts de la scène sont inscrits dans une évolution perpétuelle qui se traduit aujourd'hui par la polyvalence des artistes et la multidisciplinarité des créations. De plus, le secteur culturel en Belgique est très florissant, beaucoup de créations voient le jour et bon nombre d'œuvres artistiques sont reprises et déclinées sous différentes formes. Le cirque a-t-il une place suffisamment importante dans le paysage culturel belge, voire international ?

Je pense que la création belge est vraiment présente dans les réseaux d'arts de la scène, que ce soit dans le paysage belge ou au niveau mondial. Pour moi, l'une des caractéristiques du spectacle belge est qu'il ne se limite pas à certains codes. Il ose franchir les barrières et mélanger les genres.

Quels conseils auriez-vous à donner aux jeunes artistes qui créent des spectacles et qui cherchent des fonds pour les mettre sur pied ?

L'essentiel est de partir de l'artistique. Un projet ne pourra pas décoller (ni du côté du soutien institutionnel, ni du côté de la diffusion du spectacle) s'il n'est pas abouti artistiquement. Il s'agit donc de réfléchir à un concept original, qui corresponde aux compétences et aux envies des artistes, tout en gardant à l'esprit à qui s'adresse ce spectacle.

Cécile IMBERNON