La maison du cirque - Quelle place pour le cheval dans les spectacles de cirque d'aujourd'hui ?

Paroles de Cirque 010 / Rencontre professionnelle

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Quelle place pour le cheval dans les spectacles de cirque d'aujourd'hui ?

Latitude 50° - Marchin - samedi 15 octobre 2011

Nombreux sont les observateurs à dire que le nouveau cirque, le cirque dit contemporain tente désormais de faire la synthèse avec le cirque dit plus traditionnel.

Car pour avoir été au cœur même de la fondation du spectacle de cirque originel, pour avoir inscrit de son pas la marque de la piste dans le sable ou la sciure, le cheval peut-il être aujourd'hui considéré comme le symbole fort de ce rapprochement entre les différentes expressions du cirque d'aujourd'hui ?

ORATEURS

Camille DECOURTYE, artiste équestre et directrice artistique de Baro d'Evel Cirk Cie
Philippe de COEN, directeur artistique de la compagnie Feria Musica
Valérie FRATELLINI, directrice de l'école d'art équestre pour le cirque au Moulin de Pierre à Noailles, directrice pédagogique de l'Académie Fratellini, dresseuse et écuyère.
Félix- Marie BRASSEUR, champion du monde d'attelage, instructeur et écuyer
Didier SERTEYN, docteur en médecine vétérinaire, responsable du département équin de l'université de Liège

- Le cheval de trait d'union -

C'est sous le chapiteau de Latitude 50° à Marchin que se sont réunis les férus de cheval pour cette rencontre entre les différents mondes du milieu équestre à l'occasion de la représentation du « Sort du Dedans », un spectacle de la compagnie Baro d'Evel.

Au dire des participants, les difficultés sont nombreuses : des lieux de répétition trop rares, des règlementations communales compliquant l'installation de chapiteaux, les lieux de diffusion bien trop peu nombreux à être capables d'accueillir des spectacles équestres tant du point de vue espace et infrastructure que du point de vue financier, en passant par un manque de subsides étatiques. Difficultés qui pourtant ne sont pas spécifiques au milieu équestre comme le fait justement remarquer Philippe De Coen : en Belgique, les problèmes sont identiques pour tous les genres de « gros » spectacles parce qu'on manque d'espaces qui soient suffisamment grands et adaptés. Il y a un manque de réflexion entre les autorités à ce sujet.
Néanmoins, lors de sa création de « Liaisons Dangereuses » dans laquelle figuraient plusieurs chevaux, il a pu trouver ce genre d'espace via des manèges privés ou encore l'hippodrome de Boitsfort qui, à cet époque, était inutilisé. Des lieux adaptés aux résidences équestres sont donc trouvables via d'autres logiques et d'autres réseaux comme l'atteste la présence de Félix-Marie Brasseur, champion du monde d'attelage de multiples fois ainsi que celle de Didier Serteyn, vétérinaire et directeur du département équin de l'université de Liège.
Tous deux soutiennent que des ponts sont à bâtir entre le pôle sportif et le pôle artistique du monde équestre, qu'il faut travailler sur la complémentarité et la mise en commun des outils. Des manèges près à accueillir des créateurs équestres existent, Ghlin ou encore Mont-Le-Soie, centre européen du cheval basé à Vielsalm en sont des exemples. Il s'agit avant tout d'œuvrer autour de ce qui rassemble tous les acteurs de la filière équestre : le Cheval, et de fédérer ce secteur encore trop isolé et ayant pourtant des demandes et des besoins spécifiques. Se fédérer pour se coordonner et être plus solide, plus précis et plus fort quand il s'agira d'aborder les pouvoirs publics ou encore les sponsors au sujet de projets bien montés, de dossiers conséquents.
De plus, bon nombre de haras seraient heureux de pouvoir réintroduire la voltige dans les clubs et par ce biais, maintenir et entretenir la culture équestre afin d'éviter qu'elle ne se perde.

Fédérer la filière équine semble donc primordial, afin de la faire exister et d'aller chercher les aides là où elles se trouvent.

Philippe De Coen tient à ajouter qu'il faut quand même différencier les deux sortes de spectacles hippiques : ceux émargeant d'avantage du monde sportif et ayant une économie spécifique fonctionnant relativement bien sur sponsoring privé et ceux appartenant au monde du cirque lesquels devraient prendre part à une réflexion plus globale sur les projets et plus généralement sur la politique cirque en Belgique avec les autorités. Réflexion qui selon lui, pourrait être abritée par la Maison du Cirque, outil qu'il importe que les compagnies se réapproprient pour faire raisonner leurs préoccupations telles que celles de la filière équestre. Tout cela sans remettre en cause la nécessité de fédérer cette filière rassemblée autour d'enjeux communs comme l'éducation, la communication et la santé du cheval.

En effet, les relations entre humain et cheval sont primordiales. Comme l'explique Félix-Marie Brasseur, il faut savoir mettre le cheval en avant par un travail approprié en le préparant physiquement.
Didier Serteyn tient à préciser quelques points quant à l'éducation et à la relation avec le cheval. Un cheval ne travaille pas, seul l'homme utilise ce vocable. Le cheval, lui, joue. C'est d'ailleurs ce qui différencie l'animal sauvage de l'animal domestique, le zèbre du le cheval. Ce dernier conserve tout au long de sa vie sa capacité de jeu. C'est cette capacité que l'homme va exploiter, en la travaillant pour étendre les plages de jeu. Mais il faut toujours garder à l'esprit que le cheval va faire ce qu'on lui demande parce qu'il trouve cela agréable et parce qu'il veut faire plaisir et il ne faut en aucun cas qu'il en soit autrement. Il faut toujours respecter les besoins et le rythme du cheval comme les temps de sociabilisation avec ses congénères, ses temps de détente, de repos, de repas. Il faut avant tout construire la relation homme-cheval pendant ces périodes de jeu, que l'amusement soit la philosophie du « travail ».
À Félix-Marie Brasseur d'acquiescer en ajoutant qu'on ne doit pas « faire faire » quelque chose au cheval mais le préparer à donner ce qu'il sait. Alors le cheval est un artiste.

Pour cela la complicité est une donnée essentielle, être partenaire pour que tant l'homme que le cheval aient du plaisir à être sur scène.

La conclusion de cette rencontre reviendra à Justine Dandoy modératrice de cette journée et directrice du centre culturel de l'arrondissement de Huy qui souligne les tendances dégagées dans les discussions, à savoir
- la complémentarité des univers équestres, sportif et artistique.
- Le besoin de place de réflexion collective, d'un réseau fédérateur à travers lequel élever des projets communs conséquents et ainsi renforcer la filière équestre vis-à-vis des autorités, sponsors et autres bailleurs de fond.

Conclusion augmentée par le pragmatisme optimiste de Didier Serteyn qui nous rappelle que des pistes concrètes existent déjà comme le fait que quelques domaines peuvent accueillir les créateurs équestres comme Ghlin ou Mont-Le-Sois, que lui-même est prêt à accueillir des chevaux à la faculté vétérinaire de Liège si des examens devaient être pratiqués, à la condition que le groupe soit fédéré et qu'il s'agisse de chevaux de spectacle et qu'il est également prêt à s'engager dans des partenariats et des collaborations. À bon entendeur...
Il notera également qu'un point n'aura quasiment pas été abordé : celui de l'éthologie, domaine qui peut aider à comprendre, voire à construire ce point essentiel qu'est la connexion, le lien entre l'homme et le cheval, ce lien qui ne s'enseigne pas mais qui est primordial et qui rend cette relation si particulière et unique.

Sara Lemaire